Rhône-Alpes : faire face à la crise

Rhône-Alpes n’est pas épargnée par la crise. Aussi, dès octobre 2008, l’ensemble des CCI se sont mobilisées pour accompagner les entreprises en difficulté. Des enquêtes de conjoncture ont notamment permis de mieux rendre compte des situations vécues sur le terrain. Quels enseignements en tirer ? Comment les différents secteurs de l’économie régionale se trouvent-ils affectés ? Quels dispositifs ou stratégies permettront de surmonter cette période difficile ?

Tous les indicateurs en témoignent : la baisse d’activité se fait nettement ressentir dans les différents territoires de Rhône-Alpes. Afin de suivre cette évolution au plus près et de mettre en place les réponses adaptées, la Chambre régionale de commerce et d’industrie (CRCI) et les CCI de Rhône-Alpes ont mis en place un panel de conjoncture. Objectif de l’action : mesurer avec précision l’impact de la crise pour l’économie rhônalpine, afin de permettre des prises de décision adaptées. “Dès le début de la crise, la mobilisation, à commencer par celle de l’État, a été très importante, et cela a été capital”, affirme Jean-Paul Mauduy, président de la CRCI Rhône-Alpes. “Le réseau des CCI s’est tout de suite mis en action pour trouver des solutions afin de faciliter le rebond de notre économie.” Depuis décembre dernier, près de quatre cents TPE-PME représentatives de l’industrie, du BTP, du commerce et des services sont ainsi interrogées tous les mois par téléphone dans l’ensemble des CCI de Rhône-Alpes. Premiers constats : en février, 56 % des entreprises déclarent avoir enregistré une baisse de leur chiffre d’affaires sur un an, et 60 % s’attendent à un recul dans l’année qui vient. L’enquête révèle une hausse des impayés et surtout le manque de visibilité des dirigeants pour les mois à venir.

Des disparités par secteur*
Les secteurs les plus touchés sont le commerce de gros (75 % des entreprises ont enregistré une baisse de leur chiffre d’affaires en février par rapport à janvier 2009), l’automobile (68 %), le transport (75 %), l’industrie (64 %) et le BTP (52 %). La Fédération nationale des transports routiers Rhône-Alpes annonce une réduction de l’activité de 10 à 40 % en volume pour l’année 2009. Du côté des industries mécaniques, on assiste à une baisse des carnets de commandes de 30 %, voire de 50 %, chez les sous-traitants de l’automobile. Dans la plasturgie, la baisse d’activité attendue en 2009 est de l’ordre de 5 à 20 %.
D’autres secteurs résistent mieux. La majorité des commerces de détail ont ainsi connu une hausse de leur chiffre d’affaires en janvier par rapport à la même période l’an dernier. Les soldes d’hiver ont été dans l’ensemble assez positifs. Dans la Loire, les marchés de l’énergie et du médical restent pour le moment dynamiques. En région grenobloise, la saison touristique hivernale a été plutôt positive. Les services informatiques et les marchés liés à l’énergie, notamment les énergies renouvelables, sont eux aussi bien orientés en ce début d’année. Le secteur informatique rhônalpin table même sur une progression d’activité pouvant aller jusqu’à 10 %.



Drôme - Groupe Courbis : “La crise, nous n’y participerons pas.”
© D. Lattard





66 % des entreprises comptent maintenir leurs effectifs au cours des trois prochains mois.

Les défaillances augmentent, les créations se maintiennent
Sur le front de l’emploi, 66 % des entreprises comptent maintenir leurs effectifs au cours des trois prochains mois. La tendance est même au recrutement dans les services informatiques, tout comme dans certaines entreprises du BTP et le commerce de gros. Les sociétés contraintes de réduire leurs effectifs limitent en priorité CDD et intérim, avant d’envisager des licenciements ou du chômage partiel.De manière générale, on relève aussi une augmentation des défaillances d’entreprises (14 % en Rhône-Alpes en 2008 par rapport à l’année précédente, selon Euler Hermès SFAC). La région grenobloise, qui avait connu dans les cinq dernières années un niveau record de créations d’entreprises, enregistre aujourd’hui une hausse importante du nombre de défaillances. Toutefois, dans l’ensemble, le rythme de créations en Rhône-Alpes reste soutenu, en augmentation de 1,3 % (source : Apce-Insee).S’agissant de la trésorerie, 64 % des entreprises de la région considèrent que leur situation est encore satisfaisante en février, et 82 % d’entre elles ne constatent pas de dégradation des conditions de financement par les banques. De même, malgré les difficultés, les investissements se poursuivent. En mars, parmi les 38 % des entreprises qui avaient des projets d’investissement pour les trois prochains mois, 79 % entendaient les maintenir. Les 21 % qui souhaitaient les abandonner expliquent que ce choix est dû en priorité à une baisse d’activité, le refus de financement des banques n’intervenant que dans 7 % des cas. Le ralentissement de l’activité contraint par contre 48 % des entreprises à sous-utiliser leurs capacités de production.

Ne pas céder au pessimisme ambiant
Dans ce climat d’incertitude, les entreprises rhônalpines ne baissent pas les bras. Celles qui évoluent sur un marché de niche poursuivent leurs investissements. D’autres imaginent des solutions pour passer le cap et tentent de profiter de toutes les opportunités. Acquisition de deux nouvelles machines en fin d’année dernière, rénovation du site Web en janvier, recrutement d’un ajusteur en février, participation au salon RIST de Valence en mars… : crise ou pas, Thierry Noyel, le gérant d’AMDI, a décidé de tracer son chemin. Fabricant de moules et de prototypes, la société AMDI (CA 2008 : 1,4 M€ ; 12 salariés, Belleville, dans le Rhône) est positionnée sur des marchés de niches. Présent essentiellement sur le marché de l’automobile à sa création en 1997, le plasturgiste a, depuis 2001, diversifié ses débouchés. S’il est touché comme d’autres sociétés de son secteur, le dirigeant ne compte pas modifier sa stratégie à moyen terme. Même sérénité chez le plasturgiste Courbis, à Romans-sur-Isère (Drôme). “La crise a cela de positif qu’elle oblige les entreprises à revenir au bon sens et aux principes de base”, annonce le PDG, Hervé Courbis. “Les marchés se réorganisent. Pour nous, c’est une opportunité. Certes, nous souffrons de la crise comme tout le monde et nous avons stoppé les recrutements. Mais nous restons très actifs en R & D et nous poursuivons notre quête de nouveaux marchés.”“Nous traversons une crise sans précédent”, admet pour sa part Philippe Mattia, fondateur avec Marc Donikian de Maya Technologies (42 salariés), une société d’ingénierie en électronique et systèmes embarqués créée en 2007 à Grenoble. “Nous sommes touchés, mais nous ne céderons pas au pessimisme ambiant. Nous demandons aux salariés de rester professionnels et motivés.” Les collaborateurs de Maya Technologies jouent même un rôle de soutien moral au près de leurs clients, qui continuent d’investir dans leurs projets de R & D pour préparer l’avenir. “Nous essayons de trouver des solutions pour qu’ils puissent mene r à bien leur projet, sans toutefois brader nos solutions et savoir-faire. Nous leur accordons par exemple des délais supplémentaires de paiement. Nous sommes persuadés qu’à la sortie de la crise, ils se souviendront des efforts que nous aurons faits.” Par ailleurs, chez Maya Technologies, les recrutements se poursuivent. Et les périodes de moindre activité sont utilisées pour former le personnel.







“La crise oblige les entreprises à revenir au bon sens et aux principes de base.”

Les CCI fortement mobilisées
Dans cette situation exceptionnelle, il est important que les entreprises confrontées de plein fouet à des difficultés conjoncturelles puissent trouver des réponses à leurs inquiétudes. Dès les premiers signes de la crise, les CCI se sont ainsi montrées réactives en installant des dispositifs d’urgence pour analyser la situation sur le terrain et recueillir les indicateurs nécessaires. Dans la plupart des bassins d’emploi, une note est envoyée toutes les semaines au préfet de département pour signaler les difficultés rencontrées par les entreprises. Chaque CCI participe en outre activement au dispositif mis en place par les préfectures, notamment à la commission départementale de suivi des crédits. Des dispositifs anticrise ont de surcroît été instaurés au sein des CCI, qui viennent renforcer les services de prévention existants : numéro de téléphone dédié, information sur les outils et les mesures d’accompagnement, diagnostic au cas par cas… Ces consultations sont confidentielles et gratuites. À Saint-Étienne, une cellule de relance destinée aux entreprises rencontrant des difficultés financières est en place depuis le 19 novembre. Fin février, quatre cents entreprises l’avaient déjà contactée. La CCI de Grenoble propose aux dirigeants un volet offensif : huit opportunités anticrise, à effets concrets et rapides. Même réactivité au Groupe Formation de la CCI, qui présente une offre adaptée et directement opérationnelle pour les entreprises et leurs salariés. De plus, elle a instauré un service de veille et d’appui associé à un numéro d’appel accessible en toute confidentialité. Le dispositif de prévention des difficultés, qui fonctionne depuis plusieurs années, est plus que jamais en alerte. L’objectif est de rencontrer les chefs d’entreprise le plus tôt possible afin d’anticiper leurs difficultés. Après un audit de l’entreprise, un comité d’experts oriente le dirigeant vers le relais adéquat et établit des préconisations. Même dispositif à la CCI de la Drôme, qui, avec le service de prévention créé en 2005 et animé par Jean-Claude Girard, est aujourd’hui raccordé au service de médiation départemental. Il traite des difficultés propres aux TPE et assure le suivi de ces entreprises dans le cadre d’une cellule d’observation. Ce service les aide également à établir des stratégies et à rechercher d’éventuelles solutions de financement. En 2008, il a accueilli 61 TPE de plus que l’année précédente.

Agir avant qu’il ne soit trop tard
Jean-Paul Mauduy le rappelle : “La CRCI et les CCI, les petites tout autant que les grandes, ont mis en place des moyens supplémentaires, créé des cellules de crise, organisé des accueils téléphoniques et physiques spécifiques. Dans ces circonstances, il est primordial que les chefs d’entreprise ne restent pas seuls, ne s’isolent pas, mais viennent rencontrer les conseillers de chaque CCI. Chaque entreprise qui commence à ressentir l’impact de la crise sur son activité – délais de paiement allongés, impayés, baisse des commandes, conditions de paiement, relations tendues avec les banques… – doit savoir qu’elle peut, de manière anonyme, entrer en contact avec un conseiller qui saura diagnostiquer sa situation, lui apporter des informations sur les dispositifs anticrise, l’orienter vers les ressources appropriées. Et, si cela est nécessaire, lui proposer de l’accompagner dans ses démarches ou dans la mise en place de mesures préventives.” Le diagnostic est en effet corroboré par tous les experts : en matière de prévention, il faut s’y prendre le plus tôt possible. Trop sou vent, les entreprises arrivent lorsqu’il est déjà trop tard. La marge de négociation avec les banquiers ou les fournisseurs est alors réduite. Robert Rabelle, président du tribunal de commerce de Bourg-en-Bresse, insiste : “Des solutions existent, à condition que les entreprises fassent le premier pas. Par ailleurs, les chefs d’entreprise doivent mettre en place des outils prévisionnels à six mois. Aujourd’hui, elles ont déjà trois à quatre mois de recul par rapport à la crise et peuvent établir un chiffre d’affaires prévisionnel pour 2009.”







En matière de prévention, il faut s’y prendre le plus tôt possible.

La nécessaire implication de tous les acteurs
Dans ce contexte exceptionnel, l’État a engagé un vaste plan de relance. Au total, 26 milliards d’euros de crédit et d’investissement seront débloqués cette année au niveau national pour soutenir l’emploi et l’activité économique. Au Conseil régional Rhône-Alpes, le budget 2009 se veut, de son côté, un budget anticrise, avec le maintien du niveau d’investissement à 700 millions d’euros. “Il est essentiel aujourd’hui que tous les acteurs continuent à agir ensemble”, souligne Jean-Paul Mauduy. Au-delà des mesures de financement, la coopération et la confiance entre acteurs, au sein des filières, paraissent essentielles. Pour affronter la crise et en sortir renforcé, il est temps, notamment, d’instaurer de véritables solidarités entre donneurs d’ordres et sous-traitants.
F. Combier
*Source CRCI, Conjonctura, mars 2009.




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