L’écoconception, une innovation rentable

L’écoconception intègre la protection de l’environnement dans la fabrication des produits. Bien pensée, elle représente aussi une solution pour maîtriser les coûts et un levier pour l’innovation. Mais comment mener une démarche d’écoconception ? Avec quels retours sur investissement ? Des entreprises de la région livrent leurs premières expériences.
Le 16 septembre dernier, le Pôle écoconception a officiellement ouvert ses portes à Saint-Étienne. “L’objectif de ce nouveau centre de ressources est de sensibiliser les PME-PMI et de leur faciliter l’accès aux démarches d’écoconception à travers la formation, la recherche (avec des partenaires techniques et universitaires), la mise en réseau (entreprises relais, partenaires financiers et techniques) et la diffusion d’outils”, explique Samuel Mayer, chargé de mission environnement à la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Étienne-Montbrison et responsable du pôle écoconception. Un an après le Grenelle de l’environnement, les instances économiques régionales affichent ainsi leur volonté d’intégrer l’environnement au cœur des préoccupations. Avec une certaine logique, puisque la vocation industrielle de Rhône-Alpes confère à la région une antériorité sur ces questions.

Anticiper la réglementation
“L’écoconception, c’est prendre en compte la protection de l’environnement dans la conception des produits et des services, parmi les autres nécessités que sont les attentes des clients, la faisabilité technique, la maîtrise des coûts… Cela a parfois pu être fait par le passé de manière empirique. Il s’agit aujourd’hui de s’inscrire dans une démarche plus systématique”, poursuit Samuel Mayer. D’autant que l’évolution réglementaire y incite fortement les entreprises : directives et règlements sur les produits chimiques, les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), les emballages, les véhicules hors d’usage, etc. se sont multipliés ces dernières années. Pour Coralie Bélicard, coordinatrice du programme “Objectif environnement” à la Chambre régionale de commerce et d’industrie (CRCI) Rhône-Alpes, une démarche préventive n’a que des avantages : “L’écoconception est une formidable incitation à l’innovation pour les entreprises. Elle leur permet de se différencier par rapport à la concurrence tout en anticipant l’évolution de la réglementation, qui va vers un durcissement des contraintes liées à la protection des ressources naturelles et de l’environnement.”


© P. Rony





Un club d’une cinquantaine de membres
Le mouvement est enclenché. Une cinquantaine d’entrepreneurs font déjà partie d’un club régional de l’écoconception animé par la CRCI, et les différentes CCI de la région proposent des prédiagnostics aux PME-PMI désirant se lancer dans une démarche structurée. Car pour produire “plus propre” tout en préservant le cadre de vie, si le simple bon sens est bien sûr nécessaire, il ne suffit pas. “L’écoconception se caractérise par une approche globale et multicritère : eau, air, sols, bruit, matières premières, consommation d’énergie… sont autant d’éléments à prendre en compte de manière systématique.”

Analyser le cycle de vie des produits
De plus, l’écoconception ne se limite pas à la fabrication, mais elle prend en compte toutes les étapes du cycle de vie du produit : depuis l’extraction des matières premières jusqu’au traitement des déchets en fin de vie. C’est ce qu’on appelle “l’analyse du cycle de vie” (ACV). “Jouer sur un seul critère n’est donc pas suffisant, c’est même souvent contre-productif”, poursuit Samuel Mayer. “L’évolution du cadre législatif joue un rôle moteur dans ce domaine”, ajoute Samuel Cattiau, gérant de l’agence de design Étoile Azélie à Valence. “Pour la première fois, une entreprise qui crée un produit en est responsable jusqu’à la fin de sa durée de vie. C’est une incitation à s’engager de manière approfondie dans les ACV dès la conception. D’autant qu’anticiper sur la législation est aussi un moyen de devenir leader dans son domaine.” Loup Design est une agence de design de Vienne (Isère) qui a choisi de proposer des prestations d’écoconception à ses clients. “Après une formation, nous avons ajouté cet outil à nos méthodes. Désormais, nous intégrons méthodiquement dans notre travail l’impact environnemental du produit, de sa conception à sa fin de vie”, raconte Olivier Loup, gérant de la société.
En sachant qu’une fois quantifiées les atteintes à l’environnement à différents moments de l’existence du produit, le designer doit faire des choix. “Le plus important est d’être dans une démarche d’amélioration, même si l’on n’a pas souvent la possibilité de maîtriser à 100 % toutes les phases de vie d’un objet ni le contexte de son utilisation. Dans le cas d’un cartable écoconçu pour Lafuma, nous avons choisi comme critères d’amélioration les matériaux de fabrication et la recyclabilité.
Pour d’autres produits, cela peut être la consommation d’énergie, le transport ou la protection d’une ressource non renouvelable”, précise Olivier Loup.
À l’heure où le prix du pétrole et des matières premières atteint des sommets, on comprend que ces arguments puissent désormais convaincre des entreprises jusque-là peu impliquées dans la protection de l’environnement. L’approvisionnement devient ainsi une contrainte de plus en plus forte pour les entreprises industrielles, et l’écoconception peut constituer une réponse.

“L’écoconception est une formidable incitation à l’innovation pour les entreprises.”





Susciter des relocalisations industrielles ?
“C’est l’évolution des prix de l’acier – que nous faisions venir de l’autre bout du monde par cargos conteneurs – et l’augmentation du coût des transports qui nous ont fait nous interroger sur la possibilité de remplacer ce matériau par quelque chose de plus léger à manipuler, et qui serait transformé par un sous-traitant local”, explique Robert Kruppa, gérant de la société Sveltus (voir encadré). “Les paramètres concernant l’approvisionnement et les trans- ports évoluent rapidement. L’écoconception peut aider les entreprises à en être moins dépendantes, notamment en gérant mieux leurs sites et leurs méthodes de production”, note Samuel Cattiau. Ses plus audacieux partisans vont, eux, jusqu’à prédire la prochaine relocalisation d’activités industrielles grâce à l’éco- conception. On est encore loin d’un mouvement massif. Même si l’on peut citer certains exemples. En 2006, avec l’aide des collectivités territoriales et de l’État, Sullair Europe, fabricant d’outils de compression basé à Montbrison (Loire), a relocalisé de la Chine et de la Turquie vers la Loire des lignes de fabrication de compresseurs désormais écoconçus. Pour les dirigeants, le pari était de monter en gamme et de proposer, grâce à l’écoconception, des produits à plus forte valeur ajoutée.

Dépassé, le “green washing” !
L’exemple montre en tout cas que le stade du “green washing”, ce “peinturlurage” en vert de quelques actions à destination d’un consommateur souhaitant se donner bonne conscience, semble aujourd’hui dépassé. “Bien sûr, nous avons commencé à pratiquer des prédiagnostics auprès d’entreprises évoluant dans des secteurs à fortes contraintes normatives et fabriquant des produits grand public – jouets, automobile, électronique, agroalimentaire. On pourrait dire que pour elles, pouvoir afficher une démarche d’écoconception auprès du consommateur final est immédiatement payant, relate Samuel Mayer. Mais nous sommes désormais dans une deuxième phase. Ce sont aujourd’hui des fabricants de machines-outils qui s’engagent dans cette démarche. Pour eux, il n’est pas question d’affichage, mais juste de répondre aux demandes de clients et donneurs d’ordres pour qui l’écoconception entre désormais dans les critères de sélection de leurs fournisseurs et sous-traitants.” Une logique qui suit la dématérialisation de la production : “Les constructeurs automobiles se veulent aujourd’hui vendeurs de kilomètres, les fabricants de climatiseurs, fournisseurs d’air froid… Logiquement, leurs sous-traitants doivent élever leurs standards de production, et l’écoconception fait désormais partie de ces standards”, poursuit le chargé de mission. Avec, à la clé, des économies d’énergie pour leurs clients, ou des produits plus facilement recyclables. Quant aux services proprement dits, ils sont eux-mêmes de plus en plus concernés, comme ces coursiers “verts” qui, sur leurs voitures électriques, à vélo ou en triporteur prennent le relais des véhicules utilitaires en centre-ville. La partie est-elle pour autant gagnée ? “Même si l’on ne maîtrise pas toujours l’ensemble des critères, il est important que l’écoconception devienne un mode de fonctionnement, intégré par toutes les fonctions de l’entreprise, car elle fait évoluer l’organisation de tous les services : en s’emparant des questions d’environnement, d’impact, de développement durable, de recyclabilité, de seconde vie des produits, l’écoconception fait se rapprocher des fonctions, des services qui travaillaient peu ensemble. C’est le fonctionnement même de l’entreprise qui en est transformé”, analyse Catherine Odinot, chef de projet de l’agence Epure Design à Cran-Gevrier (Haute-Savoie.)

“L’écoconception entre désormais dans les critères de sélection des fournisseurs et des sous-traitants.”





Écoconcevoir sans oublier le consommateur
“La conjoncture fait qu’aujourd’hui les entreprises doivent payer le juste prix pour leurs approvisionnements et le transport de leurs marchandises. Si cela revalorise la réflexion et les pousse à repenser leur manière de travailler en les rendant moins dépendantes des énergies fossiles et de leur approvisionnement en ressources non renouvelables, ce sera finalement positif pour tout le monde”, observe un autre designer. “Après s’être parfois trop focalisée sur le produit lui-même, l’écoconception provoque aujourd’hui toute une réflexion sur notre rapport même à la consommation. Car le produit le mieux écoconçu peut se révéler contre-productif s’il ne rencontre pas d’écho chez le consommateur”, argumente quant à lui Samuel Cattiau. Après les produits, nous devrions assister à l’essor de circuits de distribution écoconçus – parfois même, pour certains d’entre eux, s’agit-il d’un retour : production locale, consignes, filière de réutilisation, marché de l’occasion, distribution de proximité, circuits courts, dématérialisation. À terme, ce serait donc l’entreprise dans son ensemble et le consommateur qui seraient à “écoconcevoir”… au risque, peut-être, de banaliser l’idée même d’écoconception ? “Je ne pense pas, réplique Samuel Mayer. Le fait qu’il apparaisse légitime à de plus en plus d’entreprises d’essayer de réduire l’impact de leur activité sur l’environnement est une bonne chose, et ce sera irréversible demain. Que certaines passent à l’action dès aujourd’hui, avec des résultats concrets en termes de parts de marché et en en tirant un avantage concurrentiel, me paraît positif. Au contraire, celles qui ne le font pas seront pénalisées et finiront par disparaître. L’écoconception deviendra la norme pour tous. Dans cinq ou dix ans, face à la pénurie des ressources énergétiques, on n’en parlera même plus car ce sera intégré par tout le monde, entreprises et consommateurs.” Au final, la question à se poser ne serait donc pas si l’entreprise doit se tourner vers l’écoconception, mais quand elle doit le faire.
M. Massip



Ce dossier, réalisé pour la Chambre régionale de commerce et d’industrie, est diffusé par les magazines : Présences, Grenoble (34 000 ex.), Info CCI, Haute-Savoie (30 000 ex.), Partenaires Savoie (25 500 ex.), Informations économiques, Saint-Étienne-Montbrison (20 000 ex.), Grand Angle 01, Ain (19 000 ex.), L’Économie drômoise (18 500 ex.), Nord-Isère économie (14 400 ex.), Roanne éco (10 000 ex.), Entreprendre en Beaujolais (6 000 ex.).
Photos : F. Ardito (Nord-Isère, Isère, Savoie), T. Béguin (Roanne), D. Gillet (Ain), V. Gout (Villefranche), D. Lattard (Drôme), G. Piel (Haute-Savoie), P. Rony (Saint-Étienne).
Contact : Magazine Présences. Tél. : 04 76 28 28 76.






 






       

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