Bilan économique 2006 de la région grenobloise

En ce début 2007, regard sur les grands événements des entreprises de la région grenobloise et sur les tendances conjoncturelles de l’année écoulée.

“Singapour, c’est un marché au potentiel important concentré sur un petit territoire. Et puis, nous y retrouvons l’un de nos principaux clients, STMicroelectronics”, commente Yves Cotte, président de 40-30. La société, qui assure la maintenance industrielle d’équipements pour l’industrie des semiconducteurs, a ouvert, l’an dernier, une filiale dans cet État asiatique. À l’instar de 40-30, les industriels et sociétés de services liés à la microélectronique, notamment, se déploient en force en Asie du Sud-Est.


L’essor du marché asiatique

C’est le cas, encore, de Groupe Silicomp. La société de solutions en technologie informatique, qui vient d’être rachetée par France Télécom, a elle aussi inauguré début 2006, à Singapour, un laboratoire de R & D unique au monde. Chez Faure Ingénierie, l’implantation d’une filiale à Singapour est annoncée pour cette année, tandis que Soitec l’a prévue pour 2008. En pleine expansion, le marché indien a de son côté attiré le leader mondial MGE UPS Systems, qui a inauguré sa nouvelle filiale en juillet dernier. Le groupe Capgemini va quant à lui se renforcer considérablement dans ce pays, avec un effectif de 10 000 salariés d’ici la fin de l’année. L’avenir se situe donc du côté de l’Asie. “Certains marchés, comme la téléphonie, sont saturés en Europe ou aux États-Unis, analyse Jean Vaylet, président du Sitelesc. Par contre, les pays émergents permettent de soutenir la demande.” Si les entreprises se positionnent sur les marchés asiatiques, ce développement à l’international n’entrave pas leur ancrage au niveau local. On le constate avec Soitec, qui investit encore massivement sur son site de Bernin.
“La pérennité des investissements en région grenobloise est d’autant plus remarquable que les grands groupes choisissent d’investir à proximité de leurs marchés porteurs, en Asie et dans les pays de l’Est”, confirme le président de la CCI, Gilles Dumolard.



“Nous avons choisi Singapour pour installer notre première filiale à l’étranger”, annonce Yves Cotte, président de 40-30.

(Photo F. Ardito)

 

La R & D grenobloise se porte bien

En 2006, Grenoble a ainsi attiré les centres de recherche de grands groupes internationaux comme bioMérieux, qui y a installé son centre mondial de biologie moléculaire. De même, Schneider Electric a inauguré à Eybens son centre de R & D le plus important au monde, Électropôle, qui regroupe plus de 1 000 collaborateurs. D’autres groupes étoffent leurs structures. BD France (environ 1 500 personnes) construit actuellement une extension à ses locaux du Pont-de-Claix pour accueillir ses nouveaux salariés, qui étaient plus d’une centaine en 2006. Numéro deux mondial sur le marché des détecteurs infrarouges, Sofradir (360 personnes) bâtit aussi une nouvelle usine sur son site de Veurey. STMicroelectronics Grenoble (2 300 salariés) agrandit son Centre d’innovation et d’intégration systèmes (CIIS), qui pourra accueillir 600 personnes supplémentaires. Il s’agit du site européen de conception de circuits intégrés le plus important de ST. L’année 2006 a vu de surcroît  la recherche médicale se développer sur Grenoble. Les travaux de construction de l’Institut des neurosciences, au sein du CHU, ont ainsi démarré l’an dernier pour une livraison prévue ce printemps. Grenoble bénéficie d’un pôle santé et biologie particulièrement dynamique qui pourra désormais s’appuyer sur l’équipement Biopolis, inauguré le 15 décembre dernier. Pépinière dédiée aux porteurs de projets et entreprises du domaine des biotechnologies, de la santé et des sciences du vivant, Biopolis accueille déjà les sociétés Praxim, Koelis, EndoControl, All, CreaCell et SynapCell. D’autres acteurs de la santé travaillent en coopération étroite avec ceux du pôle de compétitivité Lyon Biopôle. Ainsi le projet MicroVax, piloté par BD France avec Sanofi Pasteur et l’Inserm, est entré en 2006 dans sa phase opérationnelle.


Pôles de compétitivité : 1er bilan

Un an après leur labellisation, les pôles sont désormais bien structurés et ont pu, en 2006, lancer leurs premiers projets. Pour Minalogic, sur seize dossiers labellisés, dix ont obtenu un financement de 229 ME au total. Ces projets ont permis la création d’une vingtaine d’emplois, ce qui n’est qu’un début. Basé sur les énergies renouvelables, le pôle Tenerrdis, qui rassemble une quarantaine d'adhérents (entreprises, acteurs de la recherche, associations et collectivités), a labellisé une centaine de projets. Cinquante d'entre eux ont obtenu un financement de l'Agence nationale de la recherche (ANR), la priorité étant donné aux programmes sur l'hydrogène. “Il faut laisser le temps aux pôles de se mettre en place, insiste Gilles Dumolard. Les PME pourront alors bénéficier de leurs retombées économiques. De notre côté, nous devons, nous, faire le relais des PME auprès des pôles.” Mais Denis Quattrocchi, président de la CGPME, s’impatiente : “Nous avons entendu les déclarations d’intention des acteurs de Minatec et de Minalogic, mais nous aimerions maintenant passer à une phase concrète. Nous avons mis en place une commission “R & D innovation” avec les adhérents concernés afin de nous enquérir auprès des grands donneurs d’ordres de l’idée qu’ils se font de la répercussion de leurs activités pour les PME.”


Stabilité de la microélectronique

Sur un plan conjoncturel, le bilan de l’activité des entreprises iséroises diffère selon les secteurs.
“Avec 6 à 8 % de croissance en 2006, le marché de la microélectronique ne se porte pas trop mal, constate Jean Vaylet. L’année 2007 s’annonce aussi bonne grâce à certains marchés qui font de plus en plus appel aux semiconducteurs comme la santé, l’automobile, la sécurité des personnes et des transactions ou encore les loisirs numériques. Au niveau mondial, nous connaissons une période de restructuration, mais Grenoble tire bien son épingle du jeu. Ses atouts ? Ses racines, l’Alliance et Minatec.” Parmi ses racines, figure le CEA, justement, qui a célébré ses 50 ans en mai 2006. Autre événement marquant de l’année dans le secteur de la recherche et des hautes technologies, l’inauguration de Minatec au mois de juin. Pôle européen des micro et nanotechnologies porté par le CEA-Léti et l’INPG avec le soutien des collectivités territoriales, Minatec doit abriter une plate-forme d’enseignement, des laboratoires de recherche et des entreprises du secteur. Serma Technologies, Protein’eXpert, Soitec, STMicroelectronics, Schneider Electric, Altatech, Crocus Technology, Semitool, Artec et un démonstrateur Minalogic ont déjà intégré la structure. En revanche, jusqu’à la fin de l’année, les interrogations ont perduré sur l’avenir de l’Alliance Crolles 2. “Des investissements importants ont été réalisés par le passé par les trois industriels (STMicroelectronics, NXP et Freescale), dont ils ne peuvent aujourd’hui faire abstraction, estime, confiant, Jean Vaylet. Même si l’un des trois partenaires abandonne, l’Alliance continuera. Il s’agit du seul centre européen de semiconducteurs digne de ce nom, qui bénéficie, de plus, de l’engagement des collectivités.”

Le BTP et les services sortent gagnants

“Globalement, le bilan 2006 est largement positif, soutient Gilles Dumolard. Les indicateurs ont retrouvé de la vigueur après une année 2005 marquée par la stabilité.” Pour Denis Quattrocchi, “2006 a été une année moyenne. Les PME n’ont pas enregistré de rentabilité record, contrairement aux sociétés du CAC 40, et les PME de taille moyenne ont connu encore trop de défaillances.” Pour Gérard Lanvin-Lespiau, président du Medef, “l’année a été globalement bonne avec 2,3 % de croissance. Mais les PME n’ont pas de perspectives ni de marges suffisantes pour accroître notablement leurs investissements. Il faut donc retrouver une croissance solide et durable. Les secteurs du BTP, de l’industrie high-tech, de l’informatique et du commerce ont connu un bon niveau d’activité, contrairement à la sous-traitance industrielle, qui a davantage souffert.”“Le bâtiment a profité d’une activité soutenue notamment dans le logement, analyse pour sa part Jean-Claude Mattio, ancien vice-président de la Fédération du BTP Isère, alors que pour les travaux publics, les grands chantiers se terminent. Restent les aménagements qui se poursuivent en 2007 : le stade d’agglomération, la ZAC Portes du Grésivaudan avec l’implantation de Lapeyre et d’Ikéa (ouverture prévue à l’automne), la caserne de Bonne, les zones Bouchayet-Viallet et Vigny-Musset.” “Le marché grenoblois se porte bien, estime de son côté Jean-Paul Boultchynski, directeur délégué ANPE Grenoble Trois-Vallées. Le taux de chômage s’élevait à 7,2 % en 2006, contre 7,8 % en 2005. L’objectif est d’arriver à 6,5 % à la fin 2007.” Par contre, “les difficultés pour trouver une main-d’œuvre qualifiée ne font que s’amplifier”, constate Thierry Uring, délégué général de l’Udimec. Parmi les secteurs les plus dynamiques, une tendance s’est confirmée l’an dernier : le poids des services à la personne. De nombreuses structures se sont d’ailleurs créées pour répondre à la forte demande des particuliers. “Nous avons sur le bassin grenoblois le plus de salariés cadres au  mètre carré ce qui génère des emplois dans le secteur des services à la personne, explique Jean-Paul Boultchynski. De manière générale, ce sont les services qui recrutent le plus.” Une étude de l’Insee publiée en juin dernier qualifie d’ailleurs l’aire urbaine de Grenoble de “fleuron national pour son taux d’emplois métropolitains supérieurs”, à savoir les cadres et ingénieurs. Deux fonctions sont particulièrement présentes : la recherche et l’informatique. Nous avons assisté en 2006 à un recrutement important chez les SSII (Teamlog, Unilog, Capgemini, GFI Informatique, Silicomp, Digimind…), une tendance qui va se poursuivre cette année. Même chose dans le milieu bancaire, qui recrute à tour de bras, notamment pour faire face au départ massif des papy-boomers.


Le commerce en demi-teinte

Côté commerce, “l’activité s’est plutôt inscrite au ralentie”, estime Bruno Robeil, président de la Fédé Sud-Isère. “Les consommateurs adoptent une répartition nouvelle de leurs dépenses, constate François Bazès, président de la commission commerce à la CCI. Les budgets liés au numérique et à la santé ont progressé, entraînant une baisse des autres postes de dépenses.” Par ailleurs, la troisième ligne de tram, inaugurée en mai dernier, aura mis à mal une partie de l’activité des commerçants durant toute la période des travaux. “L’enjeu reste de faire revenir la clientèle que les travaux ont repoussée à l’extérieur de la ville, ajoute François Bazès. Le gros changement vient d’ailleurs de la limitation de la place de la voiture en centre-ville. Les commerçants vont devoir s’adapter.” De façon plus générale, concernant les déplacements dans l’agglomération grenobloise, “l’excellente nouvelle a été le positionnement du Conseil général, qui se déclare maître d’ouvrage pour la rocade nord, se réjouit Gilles Dumolard. Désormais, nous savons avec qui travailler.” Les projets d’implantation commerciale ont, de leur côté, suivi leur cours. “Le futur pôle commercial de la caserne de Bonne va permettre un agrandissement du centre-ville, ce qui est plutôt une bonne chose, reconnaît François Bazès. Les autres projets pour embellir le centre-ville bénéficieront nécessairement au commerce de proximité.”
Autre évolution qui s’est renforcée l’année dernière : le besoin des commerçants de se fédérer afin d’être mieux représentés dans les instances décisionnaires. Une nouvelle association, Grenoble Label Ville, s’est ainsi constituée, regroupant douze unions commerciales grenobloises.


Structuration de l’offre touristique

Tout comme les commerces, les acteurs touristiques ont tendance à se structurer davantage. Un exemple : les professionnels de la montagne, regroupés depuis l’an dernier au sein du Club Euro Alpin, initié par la CCI, afin d’échanger sur leurs pratiques. De même, les hôtels ont ouvert un portail commun de réservation sur le Web, disponible depuis le site de l’office du tourisme de Grenoble. Autre initiative qui a pris corps l’an dernier : l’association Airliance Alpes Dauphiné, fondée par la Fédération des offices de tourisme, la CCI et la société d’exploitation de l’aéroport de Grenoble, dont le but est de contribuer à l’implantation des compagnies aériennes sur l’aéroport de Grenoble pour développer la clientèle touristique. À noter qu’en 2006, l’aéroport a enregistré un record historique de trafic, avec plus de 400 000 voyageurs.
Pour les hôtels, cafés et restaurants, “le bilan est assez contrasté, remarque Gilles Valentin, président de l’Umih 38 (Union des métiers de l’industrie hôtelière). Si l’activité se maintient en agglomération, la baisse est très significative en moyenne montagne et à la campagne. En 2007, nous allons poursuivre notre combat pour la baisse de la TVA, qui est loin d’être perdu. Mais notre principal cheval de bataille concerne les charges sociales.” Enfin, au sujet des heures supplémentaires, salariés et employeurs avaient jusqu’au 31 janvier pour trouver un terrain d’entente.


2007 : l’expectative ?

Concernant les perspectives pour 2007, “notre souci majeur est le manque de visibilité en raison d’une conjoncture fragile, estime Thierry Uring. Les entreprises sont donc timorées sur leurs investissements.” “Nous manquons aujourd’hui de lisibilité, renchérit Denis Quattrocchi. L’activité des PME n’est pas catastrophique, mais il faudrait pouvoir rémunérer leur capital normalement et qu’il reste assez de fonds propres pour assurer leur croissance et leurs investissements.” Pour 2007 et les années à venir, la CGPME voit deux défis à relever : la transmission et la gestion prévisionnelle des emplois. “Le transfert des connaissances et savoir-faire sera le sujet principal des deux prochaines années”, avance Thierry Uring. Pour le Medef, les préoccupations se situent également au niveau de l’emploi des seniors, des jeunes en milieu sensible et de la diversité. Quant aux prévisions conjoncturelles, l’ensemble des acteurs s’accordent pour dire qu’elles restent difficiles en période électorale, même si “en région grenobloise, la dynamique de croissance devrait se poursuivre au premier semestre”, estime Gilles Dumolard.


F. Combier

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