“ L’infogérance représente désormais un tiers de l’activité de Capgemini ”

Les derniers mois ont été marqués par l’annonce d’un contrat d’infogérance historique entre Capgemini et Schneider Electric, et, par conséquent, par la montée en puissance du site de Grenoble. Comment les équipes régionales de Capgemini traversent-elles la conjoncture ? Et comment se réalise la mise en œuvre du contrat d’infogérance au niveau local ? Thierry Jourdain et Gérard Mezin témoignent.

- Comment le groupe Capgemini a-t-il réagi à la sanction émise en janvier dernier par Standard and Poor’s ?
- Thierry Jourdain : Le groupe a connu deux à trois années difficiles entre 2001 à 2003, dans un environnement économique international éprouvant : dégringolade de la Bourse, attentats du 11 septembre 2001, dégradation continue du climat des affaires aux États-Unis comme en Europe… Cette conjoncture s’est traduite pour Capgemini par une détérioration des résultats d’exploitation, passés de plus de 10 % en 2000 à un peu moins de 2 % en 2002. Le groupe a opéré, depuis, un redressement qui a permis de revenir à une marge d’exploitation supérieure à 2 %, et qui permettra surtout de poursuivre l’amélioration en 2005. Début janvier, Standard and Poor’s, estimant que nos marges ne se rétablissaient pas assez vite, et moins vite que ceux de la concurrence, nous a sanctionnés. Le groupe est en complet désaccord avec cette notation et l’a fait savoir. Sur les dix premiers groupes mondiaux de conseil et de services informatiques, Capgemini est le seul européen à avoir une présence importante aux États-Unis. Aujourd’hui, si la situation en Europe est satisfaisante, la difficulté vient plutôt des États-Unis, où une partie de nos activités, l’intégration, souffre. Celle-ci est révélatrice de vrais changements de marché, qui augurent de ce que sera demain le marché en Europe. Notre volonté de rester un acteur mondial impose des devoirs. Si nous voulons encore l’emporter sur des contrats d’infogérance de la taille de celui signé avec Schneider Electric, nous devons rester mondial et multispécialiste. Il nous faut donc tenir, et concentrer nos efforts à ce que les opérations nord-américaines renouent avec un niveau de profitabilité satisfaisant.


Thierry Jourdain, directeur exécutif de Capgemini pour la Région Est, et Gérard Mezin, directeur du compte Schneider Electric. (Photo F. Ardito)


- L’infogérance représente-t-elle une nouvelle piste de croissance pour Capgemini ?
- Thierry Jourdain : En 2001, nous avons fait le choix de structurer nos activités autour de quatre métiers : le conseil, l’intégration, l’infogérance, et les services de proximité. L’infogérance représentait alors moins de 20 % de l’activité. Capgemini a souhaité lui donner un coup d’accélérateur, afin de porter les activités récurrentes à un tiers du chiffre d’affaires. L’objectif a été plus que réalisé en 2004 (35 %). Le rééquilibrage s’est effectué par la voie de gros contrats, Schneider Electric bien sûr (1,6 Md€ sur dix ans), mais aussi Inland Revenue (le ministère des Finances) en Grande-Bretagne, ou TXU (EDF du Texas) aux États-Unis.

- Quelles sont les particularités de la Région Est de Capgemini ?
- Thierry Jourdain : Nous comptions un millier de collaborateurs entre Grenoble, Saint-Priest (Rhône), Clermont-Ferrand, et 1 500 si l’on intègre Sogeti-Transiciel, Telecom, et les 250 personnes issues de Schneider Electric. Nous sommes de loin le premier acteur global présent dans la région, avec des compétences particulières dans l’informatique décisionnelle, l’informatique technique et les hautes technologies. Capgemini a choisi ici de jouer le jeu de la spécialisation de ses centres pour accompagner ses grands clients, tout en étant capable de mobiliser très vite des équipes et des compétences pour répondre à leurs besoins les plus larges, de la mise en œuvre d’un ERP à toutes les capacités de conseil pour analyser les enjeux de leur métier et les guider dans leurs actions de conduite du changement.

- Gérard Mezin : J’ajoute que, sur Grenoble, nous disposons de compétences tout à fait spécifiques, par exemple dans le logiciel embarqué, qui nous a permis de jouer un rôle fort dans la constitution, ici, de la plate-forme Emsoc. Nous sommes en outre centre de test pour les logiciels utilisés par Nokia. La Région Est de Capgemini s’adresse aussi bien aux grandes entreprises, grands groupes internationaux, qu’aux PME-PMI familiales locales, avec des contrats de quelques milliers d’euros, sans oublier les collectivités ou le secteur de la santé. Notre volonté d’ancrage fort sur le territoire s’est traduite également par notre implication dans Grenoble Network Initiative, INPartners, notre adhésion à la plate-forme des e-communautés lancée par la CCI de Grenoble, Ecobiz, ou encore notre présence dans Minatec.

- Thierry Jourdain : 1 500 personnes ici, c’est plus de 1 000 familles attachées à la région qui ont envie de s’y épanouir. C’est pourquoi, y compris dans les périodes difficiles, nous voulons amplifier notre ancrage en étant proche des milieux décisionnels et en nous impliquant dans les initiatives grenobloises, ou lyonnaises, comme Biovision.


- Comment se déroule la mise en œuvre du contrat d’infogérance avec Schneider Electric ?

- Thierry Jourdain : Ce contrat recouvre deux aspects. Il comprend d’une part l’infogérance de l’informatique européenne de Schneider Electric, qui se traduit par le transfert de 800 personnes chez Capgemini, et la reprise des contrats de sous-traitance informatique. Il s’agit d’autre part de construire un système d’information mondial unique, basé sur des solutions SAP, pour les quatre directions opérationnelles de Schneider Electric (Amérique du Nord, Asie-Pacifique, Europe, Ibérique & Internationale).

- Gérard Mezin : Le transfert opérationnel des équipes s’est déroulé le 1er mars. Il se traduit par l’intégration des 250 collaborateurs sur les 800 salariés qui couvraient l’ensemble de l’informatique européenne de Schneider. Capgemini Grenoble devient l’un des cinq centres européens appelés à travailler sur la gestion applicative de Schneider Electric. De début mars à fin mai, tous les nouveaux collaborateurs suivront un séminaire d’intégration de trois jours, par groupe de 20 personnes, destiné à les accueillir et les accompagner dans cette période de changement. Si Schneider Electric nous a retenus, c’est pour nos compétences et capacités mondiales, notre proximité forte, mais aussi pour l’engagement du groupe sur le volet social.


  “Pour accompagner ce mouvement vers la croissance, nous allons engager un ambitieux programme de recrutement sur Grenoble”


- Quelles sont vos autres pistes de croissance ?
- Thierry Jourdain : Un groupe comme le nôtre tire sa croissance de l’innovation. Or, dans les années à venir, nous ne voyons pas poindre de grandes innovations de rupture, comme l’ont été Internet et les ERP. En revanche, ce qui nous porte, c’est l’ensemble de ce qui gravite autour de la mobilité. Les entreprises doivent mettre de la connectivité et de l’intelligence à tous les niveaux de leur production, de leur logistique, de leurs centres de traitement de l’information, avec en plus du haut débit à coût faible. Les principales ruptures pour nos clients se situeront dans ces domaines. Nos clients veulent faire de leurs systèmes d’information un vrai outil de compétitivité. Ils attendent de notre part des prestations de qualité, du délai, de la performance économique et de la maturité industrielle. Pour accompagner ce mouvement vers la croissance, nous allons engager un ambitieux programme de recrutement sur Grenoble. La maturité de ce centre nous permet d’intégrer des solutions très innovantes pour nos clients, en nous coordonnant avec d’autres centres d’excellence Capgemini dans le monde.

E. Ballery

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