You are here:  Navigation > Public space > Notre offre > News
 

Olivier Klein, président du directoire de la CERA

Le 29 septembre dernier, Olivier Klein, président du directoire de la Caisse d’Épargne Rhône Alpes (CERA) et économiste, était présent à Grenoble pour l’inauguration, rue Béranger, d’un centre spécialisé en gestion de fortune. L’occasion de se livrer à un tour d’horizon complet sur la conjoncture et les perspectives du nouveau groupe BPCE.
Propos recueillis par Élisabeth Ballery

Qu’est-ce qui change à la suite du rapprochement, en juillet dernier, de la Caisse d’Épargne et de la Banque Populaire ?
Cela ne change rien dans la vie quotidienne des clients : les deux enseignes sont entièrement conservées et demeurent en concurrence. Nos clients restent donc, en région, ou clients de leur Caisse d’Épargne, ou clients de leur Banque Populaire, et parfois clients des deux réseaux. Ce qui est modifié, en revanche, c’est la mise en commun de nos organes de tête, la Banque fédérale des banques populaires et la Caisse nationale des caisses d’épargne, pour créer le groupe BPCE. Le rapprochement des capitaux propres issus de nos organisations permet de multiplier par deux notre capacité d’engagement pour nos clients. Les deux réseaux gagnent également en synergie grâce à la fusion de filiales spécialisées, ce qui générera une diminution de nos coûts dans la distribution de certains produits. Pour notre part, en Rhône-Alpes, nous militions pour la fusion des organes centraux. À nous maintenant de gagner en performance grâce à la constitution de ce nouvel ensemble.

Il y a tout juste un an, le système bancaire traversait une crise sans précédent. Comment l’avez-vous vécue ?
Ce qui s’est passé est en effet du jamais vu pour un banquier en activité. Il faut remonter aux années 30 pour retrouver des événements d’une telle gravité, et encore la France a-t-elle été moins atteinte à l’époque. Replaçons-nous dans le contexte : à partir de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 et jusqu’en janvier 2009, nous avons été inquiets et pendant quelques semaines, nous nous demandions quelle banque dans le monde serait encore debout le lendemain. Toutes les banques sont en effet tenues entre elles par des prêts interbancaires, et les difficultés de certaines pouvaient faire tomber l’ensemble du système. Le cœur du cyclone s’est concentré entre octobre et novembre. Nous avons alors frôlé le retour à une économie d’autosubsistance et le monde entier s’est retrouvé dans une situation très périlleuse. Finalement, cela ne s’est pas produit parce que les pouvoirs publics, guidés par les leçons de la crise de 1929, ont agi de façon massive, non pour sauver les banques comme le prétendent certains, mais pour sauvegarder le système financier, essentiel aux économies de tous les pays. Les acteurs du monde financier ne sont pas restés impunis : les actionnaires ont perdu beaucoup de valeur à l’issue de la crise et de nombreux dirigeants ont été démis de leurs fonctions. Mais il y a un point sur lequel je souhaite insister : les raisons profondes de la crise ne sont pas financières. Il s’agissait en fait d’une crise de surproduction mondiale, liée au développement sans précédent des pays émergents. Malheureusement, la hausse de la demande intérieure n’a pas suffisamment accompagné la hausse de la production dans ces pays, qui était tournée essentiellement vers les exportations. Cette surproduction a été temporairement absorbée par la demande des ménages des pays développés, artificiellement entretenue par les prêts bancaires, jusqu’à provoquer des situations de surendettement, particulièrement dans les pays anglo-saxons. La titrisation s’est développée plus spécifiquement dans ces pays pour diminuer le risque des banques sur les créances douteuses générées. C’est ainsi que la mise en œuvre de nouveaux montages financiers créatifs a permis à ces déséquilibres macroéconomiques de se développer longtemps et intensément. Je ne nie donc pas la responsabilité des banques, et notamment des banques de financement et d’investissement, mais la crise n’est pas directement issue de la finance : tant que le déséquilibre entre l’offre et la demande internationales ne sera pas résorbé, l’économie mondiale con n aîtra une longue période de croissance faible.

Il est de notre devoir de répondre aux attentes de toutes les clientèles

Quelles ont été les conséquences de cette crise pour votre établissement ?

Nous avons pressenti dès le mois d’août que la crise financière qui naissait serait très grave et que ses conséquences économiques le seraient également. Nous avons donc cédé la plupart des actifs qui allaient par la suite se révéler toxiques, et couvert notre portefeuille d’actions. Cependant, le coût du risque crédit a fortement augmenté depuis 2008, parce que le risque des clients des banques s’est fortement accru également.

Comment se comporte la clientèle d’entreprises ?
Notre engagement n’a pas diminué, bien au contraire, puisque les crédits accordés aux entreprises ont augmenté de 5,3 % entre juin 2008 et juin 2009, et ceux accordés aux professionnels (commerçants, artisans, professions libérales, entreprises de moins de 10 salariés) de 19,4 %. Dès la fin de l’année 2008, nous avons été amenés à financer des crédits de court terme, d’équipement, de restructuration ou de trésorerie. Sur 25 000 clients professionnels et entreprises, nous n’avons connu que 25 dossiers devant le médiateur du crédit. Nous avons donc plutôt bien accompagné nos clients, et nous avons été aidés en cela par Oséo, par les mandataires ad hoc et par la Mission nationale de médiation. Je constate pour ma part que si la crise a été plus grave pour les entreprises qu’en 1974 ou 1993, ces dernières ont été très promptes à adopter des mesures : baisse du recours à l’intérim et à l’externalisation, réduction majeure des stocks et coupes sévères dans les investissements. Aujourd’hui, la situation demeure très contrastée. Certaines entreprises observent une remontée de leurs carnets de commandes, due en partie à la reconstitution des stocks. Mais s’agit-il d’une reprise durable ? Nul ne peut encore l’affirmer ! D’autres sociétés restent soucieuses pour l’avenir, car si elles ont réussi à amortir le choc jusqu’à présent, elles ne pourront résister longtemps à une longue période de baisse d’activité.

Vous avez inauguré le 29 septembre un espace de gestion de fortune à Grenoble. N’est-ce pas paradoxal en période de crise ?
À la Caisse d’Épargne Rhône Alpes, nous souhaitons être présents à chaque étape de la vie de l’entreprise : au moment de sa création, nous sommes la banque la plus engagée dans les plates-formes d’initiatives locales ; pendant son développement, par des structures de participation telles que Rhône-Alpes Création, notre filiale de capital développement partagée avec Siparex (Rhône-Alpes PME Gestion) ou par des montages en LBO ou OBO au moment de la transmission des entreprises. J’ai souhaité conforter nos services liés à la transmission d’entreprises en ouvrant des centres de gestion privée et gestion de fortune. L’espace de Grenoble est le deuxième dans notre région après celui de Lyon, et il devrait être suivi par un troisième à Annecy. Nous voulons tout simplement offrir à notre clientèle des lieux où nous pouvons la recevoir confortablement et où elle peut trouver la meilleure expertise. Nous nous engageons à répondre aux attentes de l’ensemble de notre clientèle, qui est une exacte représentation de l’ensemble de la société française, des personnes les moins aisées aux plus aisées. En conclusion, j’ajouterai que c’est en faisant bien notre métier de banquier que nous pouvons aider notre territoire à se développer. Il nous le rend bien par la richesse qu’il crée et qui favorise à son tour notre développement. C’est ce cercle vertueux qui nous permet de retourner à notre région une partie de nos résultats sous forme de mécénat. Chaque année, nous consacrons de quatre à cinq millions d’euros à des actions de nature culturelle, médicale ou associative (cohésion sociale, création d’entreprises…). Nous tenons beaucoup à notre double engagement économique et so ciétal : c’est en quelque sorte notre contribution à la qualité de vie des habitants de Rhône-Alpes.






© F. Ardito


En chiffres
Groupe BPCE : deuxième groupe bancaire français avec 37 millions de clients, 8 200 agences bancaires, 7 millions de sociétaires, 120 000 collaborateurs.
Résultats de la CERA au 1er semestre 2009 : PNB (produit net bancaire) : + 4,8 % de juin 2008 à juin 2009.
Résultat net stable : 70 M€.
Résultats bruts d’exploitation : + 14,2 % de juin 2008 à juin 2009.


       

Information

Editor :

Administration de Grenoble Ecobiz

Date of the publication :


Published


Themes :