Ralf Gathmann : “De nouveaux murs pour accompagner le futur de Corys T.E.S.S.”

Le leader mondial des simulateurs pour le monde du transport et de l’énergie amorce un tournant important dans son développement. Une étape qui se conjugue avec l’emménagement dans de nouveaux locaux, sur le site de Polytec.
Lors de l’inauguration de vos bâtiments en mars dernier, vous avez déclaré que le nouveau siège social coïncide avec une nouvelle phase de développement de la société. Pour quelles raisons ?
Parce que nous venons de franchir plusieurs étapes décisives. En premier lieu, Corys T.E.S.S. s’affirme comme leader sur deux marchés, la simulation pour l’énergie et le transport. La tentation qui pouvait consister par le passé à miser plutôt sur l’un que sur l’autre a disparu. Ces deux métiers sont désormais solidement ancrés et nous avons la volonté affichée d’y exceller. Ensuite, après la création de notre filiale chinoise en 2007, l’acquisition de Thunder Simulation, réalisée en 2008 aux États-Unis, se révèle un succès. Nous avions acheté une SSII de simulation de 30 personnes dans le domaine de l’énergie ; elle a aujourd’hui la capacité de porter des projets de plusieurs millions d’euros, y compris dans le métier du transport. Notre stratégie d’investissement et de formation s’avère payante. Il s’agit d’un vrai changement de modèle pour une société comme Corys T.E.S.S., habituée à tout gérer depuis Grenoble et à envoyer ses équipes dans le monde. Pour pleinement se développer aux États-Unis, il était indispensable de commercialiser des solutions et de proposer un SAV depuis les États-Unis. C’est donc une nouvelle organisation qui voit le jour. Enfin, en 2009, Areva a accédé à 66 % du capital de Corys T.E.S.S. et EDF à 34 %. Nous gardons une dimension de PME innovante, mais, dans le même temps, nous devenons un vrai acteur industriel, avec une gouvernance solide et, surtout, une gestion des risques adaptée aux plus gros projets, ce qui est plutôt rassurant pour nos clients.

La simulation est de plus en plus utilisée lorsque le facteur humain devient prépondérant

Quelles sont les synergies possibles pour vos actionnaires ?
Dans des projets stratégiques comme la conception de centrales nucléaires, la simulation joue un rôle clé : elle vient sécuriser les étapes d’ingénierie et valider les choix techniques présentés aux autorités de sûreté. Elle concourt aussi directement à raccourcir les délais d’exécution et à fiabiliser les coûts en conception. Nous vérifions cela sur les chantiers de l’EPR, à Flamanville, ou en Chine. Nos solutions servent ensuite à la formation des équipes en charge de l’exploitation. Areva ou EDF ont donc tout intérêt à nous intégrer dans leurs offres le plus en amont possible et à proposer des solutions de simulation à leurs clients.

Dans ce contexte, intégrer un siège répondant aux exigences du label haute qualité environnementale – et donc exemplaire sur la maîtrise des énergies – était important pour vous ?
C’est essentiel ! Nous avons désormais des bâtiments qui nous ressemblent. Ce sont nos clients qui en parlent le mieux : ils relevaient une distorsion entre l’image de performance, de dynamisme véhiculée par nos équipes, et la vétusté de nos anciens locaux. Ils nous ont fait remonter que nous avions trouvé là une “coquille” à notre mesure. J’ajoute que le fait que ce bâtiment soit économe en énergie nous permettra de mettre les ressources là où il faut. Nous avons maintenant un espace fonctionnel, beau, moderne, adapté aux équipes, et cela joue sur les comportements. Nous avions auparavant beaucoup de mal à organiser l’espace dans les locaux anciens. Les premiers messages sur le rangement ont ici immédiatement porté !

Et vous avez encore de la place pour envisager des extensions…
Nous avons pris la décision de réaliser ce bâtiment avec Urbiparc en pleine crise, fin 2008. Ce que nous souhaitions alors, c’était des murs pour accompagner notre futur. Ce n’était pas forcément naturel au moment où toutes les sociétés manquaient de visibilité. Mais nous étions déjà très confiants dans notre capacité à croître de façon régulière. Dans les di x dernières années, Corys T.E.S.S. a fourni une croissance de 10 % par an en moyenne. Même si nous n’allons certainement pas doubler de taille dans les prochaines années, nous allons renouer avec une croissance régulière, après deux exercices 2009 et 2010 stables. Nous constatons d’ailleurs que les appels d’offres dans les transports redémarrent à un bon rythme. Dans ces nouveaux bâtiments, nous avons la possibilité de construire 1 500 m2 de locaux supplémentaires, si besoin. Le temps est loin où la société Corys T.E.S.S., dans sa première phase de développement, a pu être déstabilisée par l’ampleur des projets qu’elle menait. Nous avons totalement autofinancé notre acquisition aux États-Unis, nous disposons de 10 millions d’euros de fonds propres, d’un résultat net de 1,8 million pour un chiffre d’affaires 2010 de 32 millions d’euros, et de deux actionnaires de référence, ce qui nous rend très solides.

Le segment des transports pourrait-il prendre le pas sur le nucléaire dans les années à venir ?
Les événements du Japon vont certes ralentir les programmes de nouvelles centrales. Mais dans le même temps, ils généreront de nouveaux investissements dans le parc existant. Je pense même au contraire que nous ne manquerons pas d’être sollicités pour simuler des scénarios d’incidents encore plus complexes et toujours plus rares. N’oublions pas que la simulation est l’une des réponses pour apporter des solutions et former les personnels aux situations inhabituelles. C’est d’ailleurs une transformation forte de notre métier, aussi bien dans les transports que dans l’énergie et elle mobilise chez nous des moyens importants en R & D. La simulation est de plus en plus utilisée pour des situations complexes où le facteur humain devient prépondérant. Cela nous conduit à gérer des centaines de milliers de données et à réaliser des environnements virtuels toujours plus réalistes. Le principal sujet du simulateur que nous concevons pour la RATP porte bien sur la simulation du comportement des passagers, plutôt que sur le matériel ou les équipements ! C’est aussi complètement vrai pour un conducteur de tramway ou de bus qui évolue dans le trafic urbain. Les événements du Japon nous le démontrent aussi : plus la crise est grave et imprévue, plus elle requiert l’intervention humaine, parce que les automatismes sont devenus inopérants. Dans ces situations uniques, l’homme redevient totalement acteur. La simulation, d’abord conçue pour améliorer la sécurité et la productivité de l’exploitation d’une infrastructure, devient alors un moyen clé pour mieux préparer les hommes à la gestion de crise.
Propos recueillis par Élisabeth Ballery


© E. Tolwinska


Effectif : 280 personnes, dont 80 % d’ingénieurs
(230 à Grenoble, 35 à St-Mary’s aux États-Unis, 15 en Chine).
Chiffre d’affaires 2010 : 32 M€, dont plus de 60 % à l’export.
Activité : fournisseur de référence de solutions de simulation pour les secteurs du transport (trains, fret, tramway, métro, bus) et de l’énergie (nucléaire, thermique, hydraulique, réseaux…), avec 600 systèmes installés dans le monde.

Deux trajectoires parallèles
Corys T.E.S.S. s’inscrit à 100 % dans “le microcosme grenoblois”. Essaimée du CEA en 1989, l’entreprise s’est rapidement appuyée sur des équipes internationales et sur les compétences disponibles dans les laboratoires grenoblois, avant de se propulser sur les marchés mondiaux. Ralf Gathmann a suivi une trajectoire parallèle. Arrivé en France en 1987, Ralf, Allemand du Bade-Wurtemberg, séduit par le potentiel scientifique et l’ouverture européenne de Grenoble, a soutenu sa thèse de doctorat en physique à l’université Joseph-Fourier, en collaboration avec la Snecma. Il a intégré la R & D de Corys T.E.S.S. en 1993. Il a ensuite développé l’activité ferroviaire et impulsé son essor à l’international, avant d’accéder à la direction opérationnelle, à la direction générale, puis aux fonctions de PDG en 2009. Corys T.E.S.S. fait partie intégrante du pôle de compétitivité Minalogic et poursuit une collaboration historique avec le CEA. Ralf Gathmann aspire aujourd’hui à resserrer les liens de l’entreprise avec les universités et les écoles grenobloises, en privilégiant des projets menés dans la durée.


       

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